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Olindo Bolzan. "Démolir ce théâtre..."

26 - 05 - 2020


« On devrait démolir ce théâtre ; il est là, nu, affreux comme un squelette, et le rideau claque à tous les vents. Hier soir, en passant devant, il m’a semblé que quelqu’un pleurait, à l’intérieur. »
       (Medvedenko, La Mouette, acte 4, de Tchekhov)


Je ne crois en aucune espèce d’au-delà consolateur. Nous ne retrouverons pas ceux qui nous quittent. Au fil des ans, le trou creusé par leurs pertes peut cesser de saigner, mais nul n’est à même de le combler. Et si, dans un premier temps après leur décès, nous réveillons les moments heureux partagés – dans le cas d’Olindo, je n’en ai pas connu d’autres – la douleur  s’avive d’autant.
De ces moments de joie qui font mal vient cette citation d’un personnage qu’Olindo a incarné d’une façon extraordinairement juste, vraie, et à un moment précis, au quatrième acte, bouleversante. Ces quelques lignes de Medvedenko, dans une pièce profondément travaillée par la question de la création, écrite ou dramatique, résonnent bien au-delà de la présence ou non de Nina dans ces ruines. Elle pourrait presque faire sombrement écho aux cris de Tréplev du premier acte : «  Des formes nouvelles, voilà ce qu’il nous faut. Et s’il n’y en a pas, mieux vaut rien du tout ». Quelques temps après la réplique de Medvendenko, Tréplev va se donner la mort.
Le geste de ceux qui nous quittent de leur plein gré ne dispense pas de la question : qu’est-ce qui les a tués ?
Je n’éprouve aucun désir de consolation ni même d’apaisement pour la mort d’Olindo. Je ne désire pas que cessent ce tremblement, ce trouble, cette incrédulité douloureuse où il m’a plongé. Je ne crois pas qu’il s’agisse là de complaisance morbide, mais simplement d’une forme particulière de respect envers lui, donc de profond respect envers toutes les contradictions intenses qui tissaient l’artiste vibrant et généreux, Olindo Bolzan, dans ce monde-ci, tel qu’il est.

Jacques Delcuvellerie.

 


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