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Et je voulais ramper hors de ma peau... de Francine Landrain et Valentine Gérard

14 - 09 - 2021


 
Dans les actualités culturelles prochaines, le Groupov tient à attirer votre attention sur un événement qui entretient un lien direct avec sa propre histoire : la création du spectacle : Et je voulais ramper hors de ma peau… de Francine Landrain et Valentine Gérard au Théâtre Océan Nord, dans le cadre du Festival Mouvements d’altérité. (cf. ci-dessous)

En effet, cette création est l’aboutissement d’un processus de recherches et d’expériences initiées et financées au sein du Groupov à partir de 2015, projet alors intitulé L’appel de la Transe. Quelques mots et quelques points de repères sur les origines de cette démarche, qui, en fait, remontent encore plus loin.

Tout commence au début des années 80, quand Francine, co-fondatrice du Groupov, est cependant encore étudiante au Conservatoire Royal de Liège où Jacques Delcuvellerie est également chargé de cours. Elle manifeste une fascination pour le personnage de Lulu, créé par Frank Wedekind et, dans le cadre de l’école, se met elle-même en scène dans le rôle-titre, à travers un montage (y jouait Anne-Marie Loop dans le rôle de la Comtesse Von Geschwitz). Cette fascination s’avère durable et s’étend aussi au destin de l’interprète qui immortalisa Lulu au cinéma : Louise Brooks. A travers le titre de sa version expressionniste et contemporaine de la « Femme fatale » qui précipite la perte de tous ceux et celles qu’elle séduit, Wedekind se référait à un mythe fondateur : La Boîte de Pandore. Mais l’héroïne elle-même se consume dans ce qu’elle engendre, Lulu meurt assassinée par Jack l’Éventreur.

De là, Francine inventa un personnage nouveau appelé Lulu/Love/Life dont elle écrit et conte l’aventure dans la création collective du Groupov, Koniec (genre théâtre) 1987, dont Michel Jakar fit un film tourné à De Singel (Anvers) et au Varia (Bruxelles) en 1988. Sur cette base, Francine Landrain est invitée à une résidence en écriture à la Chartreuse Lez Avignon (1988-1989). Elle y accoucha d’une pièce (publiée aux Editions Théâtrales) : Lulu/Love/Life où Lulu s’inscrit dans le monde des media. La pièce fut créée dans sa propre mise en scène à l’Atelier Saint-Anne (1991).

Elle entama ensuite une confrontation majeure à un autre mythe féminin à partir de 1993 : la Penthésilée de Heinrich Von Kleist et ici, la fascination s’étend non à une interprète mais à Kleist, sa vie fulgurante, son suicide. Penthésilée, reine des Amazones, est saisie d’une passion violente pour Achille qu’elle tient en même temps pour son ennemi mortel, elle le tue, et - dans un état second, un état de transe ? - se mêle à ses chiens pour dévorer son cadavre. Cette oeuvre - qu’elle écrit en dialogue avec Jacques Delcuvellerie qui la met en scène - fut créée à l’invitation de Frie Leysen pour la première édition du KunstenFestivaldesArts en 1994. Le titre auto-dérisoire Penthy Two dit assez qu’elle était conçue dans la conscience aigüe de la perte d’âme entre le temps de Kleist et le nôtre.

On trouvera davantage de détails sur la gestation de ces deux réalisations, et notamment sur les décalages groupoviens qui les accompagnaient dans le texte Histoire d’un parcours dans la rubrique Le Groupov de ce site.

Ainsi, quand en 2015, Francine Landrain lance au Groupov son projet L’appel de la Transe, associée déjà à Valentine Gérard, qui lui a offert le livre éponyme de Catherine Clément, elle prolonge et renouvelle cette confrontation aux mythes féminins dont les héroïnes sont portées au-delà de leurs propres limites et finissent le plus souvent par s’y anéantir. Mais cette fois, il n’y a pas de figure centrale, celles qui reçoivent et portent « l’appel de la transe » sont historiquement et mythiquement multiples : Pythies, Sorcières, Magiciennes, Mystiques, celles aussi qui furent diagnostiquées « grandes hystériques » par Charcot à la fin du 19ème siècle. Or toutes ces formes d’expression féminine, réelles ou fantasmées, révérées, craintes ou férocement réprimées, entretiennent aussi des rapports troubles avec cette étrange profession : actrice.

Francine réunit alors pour l’accompagner avec Valentine, une équipe composée de : Edith Bertholet, Marie-France Collard, Pierre Etienne, Sofie Kokaj, Mathilde Lefèvre, Estelle Rullier et Jean-Pierre Urbano. Les échanges dramaturgiques, les premières écritures, les expériences sur le plateau, tout semble extrêmement prometteur. Deux événements extérieurs vont retarder et dévier le processus en cours.

- D’abord la suppression totalement injustifiée, brutale et mortelle - entre juillet 2015 et décembre 2017 - de l’intégralité des subsides du Groupov. Et ses conséquences immédiates : plus aucun salaire, plus de bureaux, plus de locaux, plus de matériel, plus rien.

- Puis, plus tard, tous les délais et reports imposés par l’épidémie Covid 19.

Dans ces circonstances très difficiles, le maintien au travail d’un grand groupe était impossible. Par ailleurs, pour d’autres raisons, internes et plus profondes, le projet évolua en une confrontation et une complicité duelles entre Valentine Gérard et Francine Landrain. Deux femmes, deux tempéraments, deux actrices de deux générations très différentes. Le respect mutuel et l’amitié entre Francine et Valentine étaient nés de leur fréquentation intime et quotidienne lors de la gestation du spectacle du Groupov : Un Uomo Di Meno (Fare Thee Well Tovaritch Homo Sapiens) écrit et mis en scène par Jacques Delcuvellerue au Théâtre National (2010) et à Liège (2012). Une communauté de désir, comme actrices, mais aussi la stimulation née de leur écart générationnel ont alimenté cette longue rencontre, ses heurts, ses éclairs, ses joies, ses apaisements.
Ce duo, avec le concours musical de Jean-Pierre Urbano et un dernier soutien financier du Groupov, présenta une étape de travail sous un nouveau titre : Et je voulais ramper hors de ma peau… au Festival Factory, Liège 2019. Celle-ci éveilla l’intérêt d’Isabelle Pousseur (Théâtre Océan Nord, Bruxelles) qui leur proposa un espace de travail libre en son lieu. Une nouvelle session de recherches se tint auparavant à l’invitation du Théâtre de l’Ancre, dirigé par Jean-Michel Van den Eyden (Charleroi), à la suite de laquelle furent formulées de sérieuses remises en question. Retardé à cause de l’épidémie Covid 19, l’atelier libre Océan Nord se tint finalement en mai 2021, avec cette fois la collaboration d’un musicien, David Costenaro, et d’un co-metteur en scène, Stéphane Arcas. Suite à la présentation de cette étape très favorablement accueillie par l’équipe d’Océan Nord et d’un public restreint, la création même du spectacle aura lieu du 7 au 24 octobre, programmée dans le cadre de ce festival si heureusement intitulé Mouvements d’altérité.

Festival
Mouvements d’altérité.

Représentations de Et je voulais ramper hors de ma peau..

du 7 au 10/10 et le 14/10
du 19 au 21/10 et les 23, 24/10
 

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