Présentation | Générique | Presse | Photos

Jane

De Jeanne DANDOY


Création en avril 2000 au Conservatoire de Liège, recréation en avril 2002 au Théâtre Varia, Bruxelles



Dans les années 60-70, l’art de la « performance » au féminin se déclinait souvent sur le mode sacrificiel. Gina Pane se roulait nue sur du verre brisé, Carolee Schneeman se suspendait dans d’étranges harnais, etc. Comme si la sorcière jadis brûlée en place publique faisait de son bûcher un autel, comme si - tels les noirs américains proclamant « black is beautiful », elle faisait de l’exhibition du lieu du désir et de l’abjection, son corps, une offrande et une provocation, l’occasion d’un rachat autant que d’une revendication. JANE entretient beaucoup de points communs avec ces expériences, pourtant ce n’est pas une « performance » au sens de ces années, ce n’est pas une « action » ni une « installation », c’est peut-être tout simplement du « théâtre »… Il y a personnage, situation, interprétation, texte. Et pourtant rien ne s’y déroule à l’ordinaire, la nature de la relation acteur-spectateur se trouve gentiment mais profondément perturbée.  La prostitution et le théâtre ont longtemps été synonymes pour les Pères de l’Eglise, et  la distinction de ces états, pour les actrices, n’a pas toujours été très claire, effectivement au cours des siècles. Mais plus essentiellement, comment nommeriez-vous quelqu’un qui, pour de l’argent, feint, pour votre plaisir, avec toutes les apparences et tous les attributs du « vrai », d’aimer, de souffrir, de haïr, de jouir, voire de penser ? C’est pourtant là le rôle de l’acteur, de l’actrice.  Le Peep-Show de JANE vous offre la nudité de cette relation… vous payez, vous voyez, entendez, éprouvez, vous avez passé une commande vous êtes servi - Comme au Peep-Show (ou au théâtre ?) vous ne savez pas exactement ce que vous avez payé d’avance - Oui, il y avait six « titres » au choix, mais que recouvrent-ils ? Comme au bordel, vous pouvez, dans cette étrange, minable et merveilleuse salle d’attente, observer la tête de ceux qui ressortent du Saint des Saints. Que s’est-il passé ? Ils ne semblent pas pressés de le partager. Et puis c’est votre tour. Il est onze heures du soir, ou trois heures du matin, depuis 4, 6, 7 ou 9 heures elle est là, derrière cette vitre, elle a pleuré, chuchoté, crié, vous avez peut-être payé pour la même « performance » que les cinq précédents, mais elle doit vous l’offrir comme pour la première fois, toujours. Vous avez payé pour cela.  Au fait est-ce un peep-show cette boîte ? Ou un confessionnal ?  Cette autre boîte où les premiers mots que l’on prononce sont « Pardonnez-moi, mon Père »…  JANE est une expérience au sens premier du terme. Autrement dit, elle est inoubliable.

 

 

Une coproduction de Seriallilith et du Groupov, avec le soutien de Théâtre & Publics