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Rwanda 94

Extraits de presse :


Guy Duplat, in La Libre Belgique, le 08/04/2014

Comment “Rwanda 94” a “changé nos vies”

Scènes. Jacques Delcuvellerie revient sur l’aventure unique, et toujours en cours, de ce spectacle.

Le génocide des Tutsi a changé la vie du metteur en scène Jacques Delcuvellerie et de sa compagnie Groupov. Le spectacle fleuve (5h40 hors entractes) “Rwanda 94”, créé en 2000, a marqué les esprits et ses suites se font toujours sentir : sortie récente d’un coffret DVD avec l’intégrale du spectacle et les documentaires réalisés autour de celui-ci ; sortie du texte en kinyarwanda ; projection du film Bruxelles-Kigali à l’université de Milwaukee, etc.
Le Groupov gère en Belgique l’opération “les hommes debout” qui se déroule actuellement dans plusieurs villes du monde et au Rwanda. En Belgique, on peut la voir sur la maison du roi à la Grand-Place à Bruxelles, sur l’hôtel de ville à Saint-Gilles, à Mons, à Liège : de grandes peintures du plasticien Bruce Clarke montrent des victimes du génocide, debout, qui nous regardent. “Il n’y a pas de déploration, commente Jacques Delcuvellerie. La victime est debout devant nous. Bruce Clarke donne une présence aux disparus, il leur rend leur dignité.”

Reynders n’a pu aider
Le ministre rwandais de la Culture avait invité le Groupov à rejouer le 6 avril, “Rwanda 94” à Kigali pour l’anniversaire du génocide. Mais cela ne s’est pas fait car le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, n’a pu apporter l’aide financière indispensable alors qu’il y a dix ans, le Groupov était venu jouer au Rwanda grâce au ministre de l’époque, Louis Michel.
“Rwanda 94” fut un spectacle hors normes par son ampleur comme par son ambition, qui entreprenait non seulement de parler du génocide, mais aussi d’en faire une interprétation politique et surtout humaine. “Rwanda 94 et son sous-titre très important, ‘Une tentative de réparation symbolique envers les morts à l’usage des vivants’, tentait, imparfaitement bien sûr mais résolument”, note Jacques Delcuvellerie, son concepteur et metteur en scène, “de rendre voix et visage aux victimes mais aussi d’interroger les motifs et le processus de leur assassinat. On ne saurait s’imposer moins dans le souci, ou à l’usage, des vivants.”
La pièce a été jouée dans de très nombreux pays, avec un grand succès. Elle fut jouée il y a juste dix ans, pour le dixième anniversaire du génocide, à Butare, Kigali et sur les collines de Bisesero, là même où tant de massacres ont eu lieu. On y a joué là, “La Litanie des questions” et la fin du spectacle consacrée à la résistance dans cette région, sous la forme musicale et poétique d’une cantate. Le chœur des morts de “Rwanda 94” y a résonné : “Narapfuye, baranyishe. Sindaruhuka, sindagira amahoro” : “Je suis mort, ils m’ont tué, je ne dors pas, je ne suis pas en paix.”
“Ce spectacle a changé le Groupov, mais aussi notre vie à tous, certains se sont mariés à des rescapées rwandaises. Cela reste pour moi, même encore aujourd’hui, étouffant, mais il n’y aurait pas de raison que je referme cette porte. Et pour les survivants, 20 ans, c’est très court.”

La force du théâtre
Jacques Delcuvellerie refuse de traiter d’“indicible” ou d’“irreprésentable”, le génocide, “ce serait lui conférer un statut transcendantal comme s’il ne s’agissait pas d’un acte posé par des humains et rien de ce qui est humain n’est interdit ou hors d’atteinte du champ artistique”. Pour lui, il s’agit de poser la question de la vérité de la souffrance, du pourquoi et ne pas être dans le seul deuil ou la déploration. “Un crime contre l’humanité doit être un déchirement pour toute l’humanité.” Un spectacle qui dès lors, posait sans ambages la question des responsabilités.
Par rapport aux nombreux livres sur le sujet, “la force du théâtre a été de réunir une communauté humaine qui joue et reçoit ensemble, un texte sur ce qui fut une rupture même de l’idée de communauté. C’est une réparation symbolique où des acteurs venus de différents pays, de différentes origines, où des spectateurs mêlés, vont faire un chemin ensemble. Le vieux mot de catharsis trouve ici toute sa force. On démontrait qu’on pouvait revivre ces événements autrement.”
“Mais c’est un théâtre à la limite entre réel et représentation. Quand la survivante, Yolande Mukagasana, intervient, est-elle en représentation ou non ? Et il y a la musique, la beauté et l’émotion, car le génocide, forme extrême de la hideur humaine collective, exige un chant d’une beauté inouïe, un chant, tout ensemble, comme un cri et comme un silence, le chant de la pensée, du deuil et de la révolte, un doux chant de guerre, le chant des morts qui ne dorment pas.”

Jacques Delcuvellerie regrette que le théâtre actuel “verse trop dans l’intime ou dans l’esthétisant et ne s’empare plus du monde comme pouvait le faire Peter Weiss”, ou lui-même avec le Rwanda. “Si on le fait aujourd’hui, on se fait accuser de manichéisme.”
 

In La Libre Belgique, 06/04/2005

C’est la dernière occasion d’admirer ce long opéra théâtre consacré au drame du Rwanda. Un spectacle mythique joué partout dans le monde, y compris au Rwanda dans une tournée mémorable, avec des acteurs belges et rwandais. Une pièce qui donne la parole aux victimes du génocide et éclaire la responsabilité de nos pays.

 

Jean-Marie Wynants In Le Mad, 06/04/2005
Ultimes représentations de la magistrale pièce « Rwanda 94 »
Entendre, regarder, savoir, comprendre… c’est tout cela qui est au cœur de la création du Groupov sur le génocide du Rwanda. On en sort secoué, informé, transformé. Parce que, loin de se contenter du fond, le Groupov a travaillé la forme comme jamais, faisant appel à toutes les ressources de l’art du spectacle.
 
 
Michèle Friche In Le Vif/L’Express, 01/04/2005 
Il faut se confronter à cette avalanche de mots, d’images et de sons qui, par le prisme de l’art, de sa rigueur et de ses moyens, pendant six heures, témoigne du génocide rwandais, interroge les faits, tente de les comprendre, dénonce les errements médiatiques, les camouflages et l’aveuglement des puissants.
 
 
In Télé Moustique / Mosquito, 30/03/2005
C’est l’un des plus beaux spectacles de ces dernières années.
 
 
In Weekend Le Vif/L’Express, 25/03/2005 
Ce spectacle bouleversant est l’un des plus importants créés au Théâtre de la Place, tant des points de vue artistique et politique que de son retentissement.
 
 
In Passe-Partout n°13, 30/03 – 05/04/2005
La renommée de Rwanda 94, sa pertinence et la force de son propos ne sont plus à démontrer aujourd’hui ! […] Rwanda 94 a été joué il y a un an au Rwanda […]. Enrichi de cette expérience sans commune mesure, le spectacle revient à Liège, pour trois soirées exceptionnelles […] l’une des dernières occasions d’assister à ce spectacle mythique ! A (re)voir d’urgence!
 
 
In Le Soir Magazine, 23/03/2005 
Ne jamais oublier. Saluer les victimes. Situer le génocide dans le temps. Faire marcher son devoir de mémoire avec ceux qui ont traversé cette période douloureuse, voici plus de dix ans. Le spectacle de Marie-France Collard, Jacques Delcuvellerie, Yolande Mukagasana… (on ne peut les citer tous) a parcouru le monde entier depuis sa création en 2000. Il revient à Liège, où il fut lancé. Magnifique « réparation symbolique envers les morts à l’usage des vivants ».
 
Olivier Isaac In Le Journal du Médecin, 18/03/2005 
[…] la profondeur d’analyse, l’ampleur des remises en questions, l’envergure critique et la démarche esthétique de Rwanda 94, chef d’œuvre théâtral du Groupov.
 
Catherine Bédarida In Le Monde, 22/04/2004
Les Rwandais sous le choc de l'Opéra du génocide
Tout au long des sept représentations que le Groupov a données, à Butare, la ville universitaire au sud du pays, à Kigali et à Bisesero, la réaction est impressionnante. Salles combles, centaines de personnes faisant la queue deux heures avant le début du spectacle dans l'espoir d'obtenir une place : la salle de 1.500 places à Butare et celle de 500 places à Kigali sont prises d'assaut. Pendant le spectacle, l'émotion est palpable, en particulier à l'écoute du témoignage de Yolande Mukagasana, une infirmière rescapée du génocide, ou devant les documents télévisuels atroces, montrant les corps découpés à la machette, les cadavres d'enfants à la tête sectionnée, les victimes flottant dans les rivières rouges de sang. Sanglots, hurlements de douleur éclatent.[…]. Nous voyant prendre des notes, des hommes, et des femmes de l'auditoire viennent nous affirmer que ces sept heures de paroles vraies leur font plus de bien que toutes les commémorations officielles organisées par le gouvernement.
 
Pauline Simonet In Le Soir, 21/04/2004 
Emotion et recueillement autour du spectacle du Groupov
Entre curiosité, fascination et recueillement, plusieurs milliers de Rwandais sont venus voir le spectacle du Groupov, la compagnie liégeoise, qui relate le martyre qu'ils ont vécu entre avril et juin 1994 et dont la tournée s'est achevée lundi. A Kigali, c'est le témoignage de Yolande Mukagasana, entrecoupé de larmes, en ouverture de Rwanda 94, qui a le plus ému le public composé principalement de rescapés. Plusieurs personnes, des femmes surtout, des enfants aussi, ont dû être évacués par la Croix-Rouge locale. Le préau de cette école d'un quartier chic de Kigali, efficacement transformé en salle de spectacle, accueille plus de 500 personnes, plusieurs dizaines ayant été refusées à l'entrée, faute de place. Atmosphère tour à tour douloureuse, tendue, révoltée ou même amusée.[…] Mais la représentation la plus attendue et la plus difficile pour la troupe est la "Cantate de Bisesero", scandée en plein air sur une colline de cette région boisée de l'ouest du pays où plus de 50.000 personnes ont été massacrées après des semaines de résistance. Des femmes, au premier rang, pleurent en silence, se couvrant de leur foulard à chaque phrase relatant les tortures infligées à leurs proches.
 
Belga, 19 avril 2004
Rwanda 94 de la troupe belge Groupov sur un lieu de massacres
Dix ans après, ils sont revenus sur les collines de Bisesero, dans l'ouest du Rwanda, là où ils tentèrent de résister aux génocidaires et où ce dimanche était jouée, pour la première fois, la partie de Rwanda 94 qui retrace leur histoire.[…] "C'est un hommage à ceux qui ont péri ici", estime une rescapée. "D'ailleurs, il n'y a presque plus de Tutsis ici, l'autre partie (les Hutus, ndlr) a trop honte de venir", assure-t-elle, sous couvert d'anonymat. Sur une estrade de fortune, posée sur la pelouse au sommet de ce mont boisé et venteux qui surplombe le lac Kivu, un petit orchestre de chambre accompagne, de sa musique grave et entraînante, cinq comédiens qui récitent la cantate. Ils racontent l'histoire de ces lieux, face à ceux qui l'ont vécue, et qui ont survécu. Ces derniers écoutent en silence, dans un esprit de recueillement – la cantate a d'abord été lue en kinyarwanda, la langue nationale, avant d'être jouée dans sa version originale en français. Les hommes, essentiellement des pasteurs portant le chapeau traditionnel, une veste, des bottes en caoutchouc et un bâton, restent debout, parfois autour des grands feux de bois allumés à la tombée de la nuit. Les femmes sont assisses au premier rang, la tête baissée, les yeux souvent embués de larmes.
 
Franscesco Fontemaggi In Libération, 14/04/2004 
Rwanda, le massacre en face
Dix ans après le génocide, représentation à Kigali de « Rwanda94 », six heures de théâtre et de musique qui confrontent la population à son traumatisme. […] « Rwanda 94 », une pièce sur le génocide créée par la troupe belge Groupov, est jouée en français (avec traduction simultanée en anglais et en kinyarwanda), dans le pays qui l'a tragiquement inspirée. Il aura fallu attendre cinq ans entre la création du spectacle au festival d'Avignon et son arrivée au Rwanda, pour sept représentations, à Kigali et à Butare. Et il aura fallu attendre le dixième anniversaire du génocide. La salle de Kigali, où se joue la pièce, est pleine à craquer. Ses 500 places n'ont pas suffi à accueillir ceux qui se pressaient à l'entrée. Pour eux, c'est un moment douloureux, mais essentiel.
 
Julien Cernobori In Télérama, 14/04/2004 
La pièce Rwanda 94 créée en 1999 à Avignon, bouleverse les spectateurs rwandais
Belle salle de briques rouges, beaucoup de spectateurs discutent, d'autres sont manifestement prostrés, visages graves. Une minute de silence en mémoire du génocide. Et Yolande Mukagasana, rescapée des tueries et "actrice" principale du spectacle, entre en scène et témoigne : la longue traque dont elle a fait l'objet à Kigali, la mort de son mari, le massacre de ses enfants … Hommes et femmes sanglotent discrètement […]. On écoute, on s'interroge, on essaie de comprendre, avec les comédiens dont les mots, ici plus que dans tous les pays où a été présenté le spectacle, prennent leur sens. […] "J'ai envie d'embrasser tous ces artistes", dit à la sortie Epiphanie, les yeux rougis. "Il faut que le monde sache ce qui s'est passé. Cette pièce est plus forte que tous les discours".
 
Hélène Vesperini, AFP, 7/04/2004
Emotion à son comble à la première rwandaise de la pièce Rwanda 94
Les femmes pleurent doucement, les hommes se frottent les yeux pour retenir leurs larmes. Ils assistent à la première représentation au pays des Mille Collines de la pièce Rwanda 94 qui retrace l'histoire du génocide, perpétré il y a dix ans.[…] A la fin de la première partie de la pièce, en cinq "actes", une dame, secrétaire à l'université, bondit spontanément sur scène pour serrer Yolande dans ses bras, longuement, de toutes ses forces. Dans le public, les femmes sanglotent doucement. Pas les hommes, pourtant visiblement très émus. Selon le proverbe rwandais, les larmes des hommes coulent à l'intérieur.[…] L'amphithéâtre de Butare, dans le sud du Rwanda, qui peut contenir 1.500 personnes, est bondé ce mardi soir pour accueillir le public qui se presse pour assister à la pièce d'une durée de six heures.
 
Véronique Kiesel, Pauline Simonet à Kigali In Le Soir, 06/04/2006 
« Rwanda 94 » au pays des Mille Collines
Après des tournées en Occident, le spectacle fleuve du Groupov débarque au Rwanda. Hommage aux victimes, « Rwanda 94 » sera joué à Butare, Kigali et Bisesero.
 
Guy Duplat In La Libre Belgique, 06/04/2004 
« Rwanda 94 » joué sur les collines
L’aboutissement d’une aventure exceptionnelle.
 
Colette Braeckman In Le Soir, 23/10/2003 
“Rwanda 94”, du Groupov, ira à Kigali
Après avoir bouleversé les spectateurs du Nord, le spectacle consacré au génocide ira sur les lieux du drame.
[…] Un spectacle bouleversant, où Jacques Delcuvellerie et Marie-France Collard ont réussi à faire alterner les témoignages […]. Seuls les Rwandais n’avaient jamais eu l’occasion de participer à cette évocation, dont, victimes et bourreaux, ils sont les héros tragiques. Cette lacune va être comblée : le 7 avril prochain, lors de la célébration du dixième anniversaire du génocide, le Groupov présentera à Kigali son spectacle.
 
Lawrence Van Gelder In New York Times, 23/07/2003 
Belgium : Rwandan Genocide Drama
A Belgian theater troupe will mark the 10th anniversary of the genocide in Rwanda by taking its five-hour multimedia play about the mass killings to Rwanda next year.
 
Jean-Marie Wynants In Le Soir 17/06/2003 
Le Groupov se prépare à vivre une saison très chargée en 2004 au cours de laquelle la compagnie liégeoise va notamment reprendre son remarquable « Rwanda 94 » qui sera enfin joué au Rwanda à l’occasion du dixième anniversaire du génocide.
 
In Courrier Picard 
Un événement rare qui marque la conscience de chacun.
 
 
In La Provence, 15/05/2002 
Le Théâtre de Cavaillon propose une œuvre événementielle avec la pièce « Rwanda 94 ». Un monument, un document, un réquisitoire, un mea culpa, une quête de vérité, une messe expiatoire, un long chant funèbre, la pièce est tout cela mais c’est aussi un spectacle. Beau et bouleversant.
 
In L'Eventail, 14/05/2002 
[…] le Groupov, avec à sa tête le metteur en scène Jacques Delcuvellerie, se distingue radicalement au sein du paysage théâtral. « Rwanda 94 », […] restera sans doute comme la création symbole de ce collectif d’artistes.
 
Alex Breuer In Park Mail, 19/04/2002 
Ce spectacle fleuve du Groupov restera sans aucun doute comme l’une des créations les plus marquantes de ces dernières années. Utilisant toutes les ressources de la représentation théâtrale, le metteur en scène Jacques Delcuvellerie et son équipe nous entraînent au cœur du génocide rwandais. Non pas pour nous tirer quelques larmes de compassion trop vite oubliées, mais pour tenter d’en définir les contours, d’en comprendre les raisons, d’en tirer, peut-être, quelques leçons. […] Un spectacle intelligent, bouleversant, où la musique est également omniprésente et aussi parlante que les mots.
 
Serge Martin In Le Soir, 17/04/2002 
Un théâtre secouant, à la fois très présent et distancié, d’une rigueur inattaquable et qui pourtant saisi d’emblée le spectateur aux tripes. Sans doute parce qu’il décompose les fils secrets de la stratégie de l’horreur. Qu’il en cherche les causes. Un spectacle de six heures où la musique jouée en direct sous la direction du compositeur Garrett List, participe à l’événement scénique dont elle constitue parfois le contrepoint secret. […] La partition de « Rwanda 94 » sort délibérément du cadre de la musique de scène et épouse tous les genres, du mélodrame à la comédie musicale, de la musique d’accompagnement à la cantate.
 
Le Monde, 11/03/2002 
La pièce de la compagnie belge le Groupov, Rwanda 94, est un opéra exceptionnel tant par son sujet – le génocide de 1994 – que par ses inventions dramaturgiques, mêlant musiques, paroles, images de télévision, fictions filmées, danses et masques. C’est une veillée funèbre, avec ses temps de recueillement et d’évocation. En cinq heures de spectacle, le metteur en scène français Jacques Delcuvellerie et le Groupov réussissent le pari presque impossible d’informer et d’émouvoir, d’associer acteurs belges et comédiens rwandais, d’unir musique contemporaine et mélodies africaines.
 
Dominique Darzacq In Itinéraire Le Magazine, n°186, janvier-février-mars 2002 
« Rwanda 94 » est un spectacle exceptionnel, un opéra d’images un théâtre de la musique, une invention dramaturgique magistrale qui noue ensemble les mots et les sons, la réalité et la fiction, convoque toutes les formes, le film, le documentaire, la télévision, le chant, la danse, unit la musique contemporaine et les mélodies africaines, les acteurs belges et les comédiens rwandais. Un objet métissé et multiforme mais singulièrement citoyen par lequel la fable révèle ce que le médiatique détourne et rend la parole aux morts du génocide rwandais pour l’édification des vivants. […] Par sa haute facture artistique, notamment sa partition musicale, par son exigence philosophique et les questions qu’il soulève, le spectacle renoue avec le plus beau, le plus juste et le plus fort du théâtre et de ce qui le fonde. C’est-à-dire parler aujourd’hui à des gens d’aujourd’hui pour les émouvoir et les aider à comprendre le monde dans lequel ils vivent.
 
Christophe Bauck, propos recueillis par Dominique Darzacq In Itinéraire Le Magazine, n°186, janvier-février-mars 2002 
« Rwanda 94 est pour moi non seulement une des œuvres contemporaines les plus réussies, mais des plus essentielles, car le théâtre est là, comme force d’interpellation, d’information et de réflexion. Etre une Agora, une tribune populaire est une des fonctions du théâtre. Il ne doit pas être seulement cela mais il doit être aussi cela. En outre, il se trouve que la question soulevée dans le spectacle nous regarde vraiment, et qu’elle y est dans un mouvement théâtral des plus accomplis. La forme, fruit d’une extrême recherche ne vole jamais la vedette au propos et démontre que le théâtre est de la chair et de la pensée vive, une mise en alerte, alors que l’image télé par le choc qu’elle suscite, éveille seulement nos pulsions instinctives. Avec ce spectacle, nous sommes au cœur même du théâtre. On y retrouve toutes les formes. […] Pour moi « Rwanda 94 est l’essence même du théâtre. »
 
Christelle Lasaires In Charente Libre, 19/02/2002 
C’est l’événement de l’année au théâtre d’Angoulême.
 
Théâtre d'Angoulême – saison 2001/2002 
Il y a des spectacles qui devraient être décrétés d’utilité publique. C’est le cas de Rwanda 94, spectacle du collectif belge, le Groupov. Pourquoi ? Parce qu’il y est question du génocide rwandais, celui dont on croyait tout savoir, et dont on découvre, grâce au travail de toute une équipe, l’ampleur et le origines. […] Le travail sur le génocide au Rwanda s’inscrit dans cette volonté de rester en prise directe avec le monde tel qu’il bat aujourd’hui. Projet d’envergure, il tient de l’opéra et du cérémonial. Il puise dans le réel, dévoile l’indicible, scrute l’horreur de près tout en ne reniant jamais l’artistique. […] Un spectacle salutaire, d’une force rarement atteinte dont on ressort abasourdi, convaincu de ce que le théâtre avait un devoir à accomplir et qu’il l’a accompli avec honneur.
 
Solance Lévesque In Le Devoir, 04/06/2001
On ne sort pas indemne de cet oratorio de la douleur dont la beauté est la justesse, orchestrée avec une indéfectible intégrité, sans pathos, avec pudeur, sobriété et compassion avec Jacques Delcuvellerie, joué, chanté, dansé et senti par une équipe d’une intensité de présence inouïe.
 
Lorraine Hébert In Le Journal du FTA 
Ce spectacle coup de poing est le point culminant d’une trajectoire artistique exemplaire. Celle d’un collectif d’artistes de Liège, qui depuis sa fondation expérimente les possibilités de représenter le monde au théâtre.
 
In Le Vif/L’Express, 20/04/2001 
[…] la musique composée par (Garrett) List est d’une beauté absolue : il insinue dans cette œuvre mélancolique aux glissandos magnifiques la même dignité que les acteurs-témoins décrivant le processus d’extermination.
 
Michèle Pralong In Le Journal de la Comédie de Genève n°9, mars-avril 2001 
On n’oubliera pas Rwanda 94
Du théâtre. Résistant, intelligent, opératoire. Du théâtre politique qui prend l’émotion sous son aile. Du théâtre poétique qui ose se frotter aux grands mots : utopie, éthique, engagement. Du théâtre qui délivre ses effets encore longtemps après qu’on a quitté la salle. Au fond, le travail du collectif belge Groupov dirigé par Jacques Delcuvellerie nous fait du bien parce qu’il vient remplir exemplairement ces offices dont on se plaît à créditer la pratique scénique : la parole d’auteur contre le prêt à penser ; le souffle et le corps de l’acteur contre le virtuel ; le pas à pas de l’artisanat contre l’emballement de l’économique ; la fiction qui révèle contre le médiatique qui détourne, la parole donnée aux morts pour édifier les vivants, l’intensité de l’assemblée citoyenne…Litanie des prétendus lieux de résistance, mais souvent stations béates d’une autosatisfaction a priori. S’engageant face à l’irreprésentable, le Groupov endosse, lui, ces responsabilités sans jamais se défausser. Et les cinq heures de spectacle sont beaucoup moins insoutenables que la plupart des journaux télévisés. On n’oubliera pas Rwanda 94. Ni son message ni son esthétique. On n’oubliera pas ce monumental spectacle patiemment inventé durant quatre ans par cinq auteurs, un compositeur, trente-cinq femmes et hommes de théâtre et musiciens pour raconter un des plus grands crimes du XXème siècle. […] Il y a beaucoup du théâtre politique de Piscator dans Rwanda 94, notamment cette manière de croiser information, représentation, démonstration et dénonciation ; de faire passer le spectateur de l’intérieur à l’extérieur des choses, de la réalité à la fiction pour en faire un récepteur actif teintant sa réflexion d’émotion et réciproquement. Il y a aussi la détermination didactique et agitatrice d’un Peter Weiss lorsqu’il dit : « Plus le document est insoutenable, et plus il est indispensable de parvenir à une vue d’ensemble, à une synthèse. Le documentaire affirme que la réalité, quelle que soit l’absurdité dont elle se masque, peut s’expliquer dans les moindres détails ». A ce titre, les responsabilités des massacres sont précisément posées.
 
Anne Bisang In Le Journal de la Comédie de Genève n°9, mars-avril 2001 
Il y a un avant et un après Rwanda 94 du Groupov. Jacques Delcuvellerie et son équipe établis à Liège ont ouvert un nouveau champ d’exploration pour le théâtre offrant à tous une balise dans le chaos de la violence. Du récit le plus nu à la fiction la plus sophistiquée, ce spectacle-événement nous fait traverser l’histoire d’une tragédie humaine qui eut lieu au Rwanda en 1994. Veillée du souvenir pour rendre leur dignité aux victimes, théâtre-document pour tenter d’appréhender l’impensable, le travail gigantesque du Groupov suscite admiration et reconnaissance.
 
Alexandre Demidoff In Le Temps, 31/03/2001 
Vers un retour du théâtre engagé
[…] si Rwanda 94 est exemplaire, c’est par sa capacité à mettre en perspective les documents. […] il faut préparer le spectateur à appréhender l’insoutenable, procéder par paliers, lui donner surtout le temps de se familiariser avec l’horreur. Dans le spectacle de Jacques Delcuvellerie, les images de charniers, de cadavres mutilés n’interviennent significativement que vers la fin du trajet, près de quatre heures après le début de la représentation : à ce moment-là du spectacle, ces images ont une histoire et une mémoire, elles ne sont pas une illustration supplémentaire de la barbarie humaine. Jacques Delcuvellerie et le Groupov auront donc accompli cette prouesse : élaborer les formes (et c’est là bien une question d’art) et trouver les mots pour éclairer une tragédie qui a pu sembler étrangère à beaucoup. Ce théâtre-là, qui ébranle et n’apaise pas, qui met la création au service de la connaissance, ce théâtre qui nous rend moins indifférents et peut-être même plus responsables […]
 
J.D. In Nord Eclair, 19/03/2001 
Le Groupov signe un spectacle fort et émouvant. Résultat d’un travail et d’une enquête de six années sur le génocide. A voir : on n’en sort pas indemne.
[…] On écoute, on pleure, on rit, on apprend. On est touché. Nous étions tous là tranquillement installés dans nos maisons en avril 1994. Qu’avons-nous fait ? Qu’aurions-nous pu faire ? Qu’avons-nous dit ? Le Groupov a réagi face à cette impuissance des individus, face à ce qu’on lui en disait. Dans son projet Vérité, le Groupov replace le théâtre au cœur de la cité. Un théâtre politique pour que des voix tues se fassent enfin entendre.
 
Françoise Lison In Vers l’Avenir, 15/02/2001 
Le Rwanda et ses brisures
[…] Rwanda 94 touche infiniment, sans cependant héler la sensiblerie. C’est la distance d’une réflexion qui lui confère force et vérité, à travers une esthétique d’envergure. L’art souligne le réel, la mémoire collective s’habille de fraternité.
 
Catherine Bédarida In Le Monde, 26/01/2001 
Opéra funèbre en mémoire du génocide au Rwanda
Rwanda 94 est un opéra exceptionnel, tant par son sujet – le génocide de 1994 – que par ses inventions dramaturgiques, mêlant musiques, paroles, images de télévision, fictions filmées, danses et masques. C’est une veillée funèbre, avec ses temps de recueillement et d’évocation. En cinq heures de spectacle, le metteur en scène français Jacques Delcuvellerie et sa compagnie belge, le Groupov, réussissent le pari presque impossible d’informer et d’émouvoir, d’associer acteurs belges et comédiens rwandais, d’unir musique contemporaine et mélodies africaines.
 
Robert Migliorini In La Croix, 20&21/01/2001 
La passion de « Rwanda 94 »
Le spectacle hors normes du Groupov est présenté dans sa version définitive en France. Cette mise en procès intègre toutes les formes de théâtre au service de la quête de la vérité. […] Ce spectacle consacré à l’avenir de l’humain ne s’efface pas facilement des esprits. L’indifférence à la souffrance d’autrui n’a pas de frontière.
 
S.G. In Libération, 19/01/2001 
Le Rwanda en face
[…] L’intérêt de cette tentative de théâtre documentaire et militant, c’est qu’elle explore aussi toutes les contradictions du genre. Elle joue délibérément sur la mauvaise conscience de l’Europe, bouscule, provoque, simplifie, mais ne s’estime jamais quitte avec son sujet. Spectacle dérangeant, Rwanda 94 est d’autant plus efficace qu’il n’est jamais sûr de son efficacité et qu’il multiplie les angles d’attaque.
 
Zoé Lin In L’Humanité, 13&14/01/2001 
Le sang de l’histoire
[…] Avec Rwanda 94, le Groupov se saisit de l’acte théâtral pour questionner l’humanité sur l’histoire immédiate, brûlante. La mise en scène, procédant de plusieurs formes, explore l’espace du théâtre comme un lieu possible pour réfléchir le monde, avec une juste distance qu’ont rarement les relais médiatiques traditionnels de l’information. […] La démarche du Groupov, au travers du travail collectif nécessaire à cette réalisation, s’inscrit comme un exemple du théâtre de la conscience contemporaine. […] Un théâtre sans concession qui ne se contente pas de rester au milieu du gué mais va au bout de la démarche commencée. C’est plus salutaire.
 
In partisan, décembre 2000-janvier2001 
Rwanda 94, une pièce à ne pas manquer
Malgré un succès public remarquable partout où il a été joué, une critique très favorable dans la presse, ce spectacle n’a toujours pas trouvé de salle pour l’accueillir dans Paris. Pourquoi ? Peut-être parce que ce spectacle dénonce clairement la responsabilité de l’impérialisme français et belge dans l’organisation et le déroulement du génocide des rwandais Tutsi, entre avril et juin 1994, parce que les processus y sont clairement expliqués, la responsabilité du colonialisme et de l’idéologie ethniciste qu’il a importé en Afrique.
 
In La Voix du Nord, 10/12/2000 
[…] La troisième partie du spectacle […] livre une œuvre musicale mêlée de chœurs parlés, composée par Garrett List, d’une intensité à la hauteur des deux premières parties, qui vous laisse abasourdi, tandis que décroît la lumière pour arriver à l’obscurité totale, et que s’égrène la liste des victimes du massacre. Silence, recueillement, ovation.
 
Denis Desbleds In Nord Littoral, 09/12/2000 
Il faut absolument voir ce spectacle, malheureusement peu joué en France cette saison, « cette tentative de réparation symbolique envers les morts à l’usage des vivants », comme dit Jacques Delcuvellerie.
 
Denis Desbleds In Nord Littoral, 08/12/2000 
« Ecoutez. Rwanda 94 est un des plus importants spectacles que nous ayons jamais vu. Nous vous le disons simplement, dans une économie de mots, avec toute la charge de notre conviction et de votre confiance. Ne passez pas à côté du théâtre, quand il nous livre ainsi le monde et la vie. Venez. » Voilà ce qu’écrit dans le mensuel Sillage, Francis Peduzzi, directeur du Channel, à propos d’un spectacle qui fera date dans l’histoire de la scène nationale de Calais.
 
In La Voix du Nord, 07/12/2000 
Les mots pour dire le génocide
[…] place donc à « un spectacle exceptionnel, un spectacle que chacun se doit de voir, d’entendre et de vivre. Unique, indispensable, vivifiant » comme le qualifie le (théâtre) Channel.
 
Ph.T. In La Libre Belgique, 21/11/2000 
Un projet et un acteur, tels sont les heureux lauréats distingués par un jury de professionnels de la scène. « Rwanda 94 » et Josse De Pauw reçoivent l’Océ 2000.
Du spectacle hors norme du Groupov, le jury écrit : « Nous avons voulu saluer un événement théâtral extraordinaire et, à travers lui, l’interpellation essentielle qui nous était faite. » Le Prix sanctionne aussi « la démarche artistique d’un collectif théâtral, actif sur nos scènes depuis de nombreuses années et le résultat d’un véritable processus de création complexe : polyphonie d’écritures, d’images, d’interprètes, de musiques, de voix, formidable composition où toutes les formes des arts de la scène participent ».
 
Christelle Prouvost In Le Soir, 02/11/2000 
5ème remise des Prix du Théâtre avec une jolie distribution de « brigadiers »
Une belle soirée au Marni. Deux temps forts : un hommage à Jacques Huisman et l’attribution du Prix du meilleur spectacle à « Rwanda 94 ».
 
In Le Populaire et la Montagne, 03/10/2000 
S’il est, visuellement, exemplaire, Rwanda 94 est aussi une belle leçon d’histoire contemporaine, une leçon d’humanité, une leçon de vie, tout simplement.
 
Jacques Morlaud In L’Echo de la Haute Vienne, 02/10/2000
Ce travail est remarquable à tous points de vue : dans sa démarche, sa recherche, sa forme, sa construction, son interprétation, son incitation à la réflexion, au devoir de mémoire. Jacques Delcuvellerie, co-auteur de l’œuvre et metteur en scène et les autres protagonistes du Groupov (belges et rwandais) signent un travail exceptionnel dont on a du mal à se remettre.
 
In Theater Heute, août/septembre 2000
Aussi précis qu’est le titre de la pièce, autant est visible le message politique transmis par la langue, la musique et l’intervention d’extraits de films. Piscator y aurait trouvé son bonheur. Le public ne peut se soustraire à l’émotion, au choc, à la responsabilité. Rwanda 94 est un requiem envers les victimes du génocide et une accusation contre le monde occidental qui face aux événements demeura en grande partie indifférent et n’intervint pas. C’est un éclairage sur le rôle de la colonisation belge de l’état africain et un abrégé historique. Cela est particulièrement émouvant dans les moments non théâtraux lorsque la survivante Yolande Mukagasana rapporte l’assassinat commis contre la totalité de sa famille.
 
Jean-Pierre Léonardini In L'Humanité, 28/07/1999 
D’ores et déjà, Rwanda 94 s’impose en exemple d’un théâtre de la conscience contemporaine. Portée par un haut courage dialectique, raffinée dans l’exigence philosophique, combattante enfin, cette œuvre extrêmement pensée qui ne vise pas d’emblée les affects en redonnant la parole à des défunts lointains si vite oubliés, participe à la meilleure intelligence d’un monde qui pue la mort. Là s’arrête la fonction du théâtre. Lorsqu’il y parvient à ce point, il peut s’estimer sauvé.
 
Didier Méreuze In La Croix, 26/07/1999 
Rwanda 94, un spectacle hors norme tant par sa durée (cinq heures et demi… qui n’en paraissent pas la moitié) que par son propos et sa forme, mêlant fiction et réel, acteurs professionnels ou non pour traiter du Rwanda et du génocide qui l’a ensanglanté.
 
Sylviane Bernard In Le Monde Diplomatique, mai 2000 
Au départ, le dégoût de Jacques Delcuvellerie et Marie-France Collard pour l’indifférence avec laquelle ces événements ont été accueillis en Europe. Puis ce furent cinq ans de travail. Et ce spectacle Rwanda 94. Une création collective, cinq auteurs, du théâtre total avec une trentaine d’artistes, un travail musical exceptionnel, d’immenses marionnettes et des masques, de la danse et de la comédie musicale. Des modes d’approches multiples pour ouvrir quelques pistes à la réflexion. […] Aucune déploration pathétique, le sentiment intime de la réalité des morts et le désir de comprendre. [...] Jacques Delcuvellerie, metteur en scène, réinvente le théâtre politique et interroge les responsabilités. [...] La musique traditionnelle réinventée sur scène par le compositeur rwandais Jean-Marie Muyango, la continuelle inventivité du compositeur Garrett List, la scénographie très dépouillée, tout parle aux sens autant qu’à l’intellect et place au cœur du spectacle la culture rwandaise en ses racines les plus profondes. Un spectacle qui donne la possibilité au spectateur européen de s’approprier le contenu humain de cette histoire humaine et offre au peuple rwandais un peu de restauration symbolique.
 
Sylvianne Bernard-Gresh In Magazine Regard, mai 2000 
Scène Vérité du théâtre, théâtre de la vérité
Un spectacle non pour éveiller notre pitié humaniste le temps de la représentation mais du théâtre qui, s’adressant à la pensée autant qu’aux sens, met en pièces le puzzle d’un drame humain, perpétré par des humains.
 
Angela Scilla In Le Nouvel Afrique Asie, 12/05/2000 
A la mémoire des morts
Rwanda 94 est un véritable événement théâtral qui prend le temps – cinq heures – d’entrer dans le sujet. Les trois parties touchent le spectateur à différents niveaux : l’émotion, l’intelligence, la conscience.
 
C. Gallier In La Presse de la Manche, 12/05/2000 
Rwanda 94 : le poids des mots… […] Un moment saisissant, intense, douloureux aussi […]
Rwanda 94, c’est quelque chose d’unique, de troublant, qui accuse et dénonce. En toute clarté. Sans prendre de gants. Une expérience qui laisse un public groggy, ne sachant plus s’il faut applaudir ou partir en silence, comme sur la pointe des pieds.
 
Claude Bray In La Voix du Nord, 29/04/2000 
Applaudir à la Rose des Vents, le génocide rwandais exhumé par le Groupov. Un vrai spectacle, pour la vérité
Jacques Delcuvellerie a réussi un pari incroyable : construire un spectacle sur un génocide. Traiter d’un sujet difficile avec exigence […] et tenir le spectateur rivé à son fauteuil pendant cinq heures. […] Bref, un spectacle total. Trop long, six heures ? Seuls ceux qui ne savent pour pourraient le dire. Pas une minute n’est en trop.
 
In Nord Eclair, 25/04/2000 
Le théâtre du Groupov, hors normes, interroge avec justesse et intelligence, et ne laisse jamais indemne. Dire l’indicible : l’événement théâtral est à la hauteur de l’inacceptable.
 
Laurence Mauriaucourt In Liberté Hebdo, 21/04/2000 
« Rwanda 94 » parce que toutes et tous sont dignes de savoir
« Rwanda 94 » démocratise la connaissance des faits et des volontés catholiques, politiques, économiques, et ethnocentriques responsables d’un processus machiavélique dont le génocide est seulement la plus visible des étapes. Le Groupov assume radicalement son intention, ambitieuse et militante, didactique, nécessaire et naïve à la fois. […] Alors plutôt Prix Nobel de la Paix ou plutôt Molière pour « Rwanda 94 » ? La meilleure récompense que l’on puisse faire à ce spectacle est sans doute que les lieux lui accordent le droit d’être diffusé. Accordent au public le droit de le rencontrer. La culture n’est-elle pas la première des choses dont les Rwandais ont été privés à l’arrivée des colons blancs !
Kigali, Bruxelles : deux « 6 avril » pas comme les autres
Jacques Delcuvellerie et le Groupov n’épargnent personne. 6 heures pour quatre ans de travail minutieux, de choix dramaturgiques intelligents et de prises de positions honnêtes. […] « Rwanda 94 » prend le temps de nous livrer des armes intellectuelles pour lutter contre l’école de la haine, en la plaçant devant ses contradictions, ses aberrations. « Rwanda 1994 » nous aime. 6 heures de cours théâtralisés sur un génocide, pour avoir une chance de plus que soit réussi l’après-génocide. Pour la paix. Et l’on n'en sort pas vraiment fatigué. Mais plutôt déterminé à convaincre d’aller voir. On veut en discuter avec un maximum de gens. Avec ceux qu’on aime. On comprend la nécessité de se savoir citoyen du monde.
Rencontre avec Nocky Djedanoum « Je revendique le droit de me rendre au Rwanda »
Je suis admiratif devant leur courage ! Ils ont réussi à dépasser l’autocensure. Ils ont questionné leur propre responsabilité. Cela interroge sur nos propres partis pris, sur nos responsabilités.
 
 
M.V. In Le courrier de l’Escaut, 20/04/2000 
Evénement Théâtre transfrontalier « Rwanda 94 » : une tragédie ancrée dans le réel
Un spectacle qui révèle l’histoire et témoigne avec force contre les génocides : à voir absolument. […] Delcuvellerie et son équipe bouleversent les catégories. Ils parviennent à mettre le réel sur scène sans que cela tourne à l’artificiel, au fabriqué, à ce fameux « mentir vrai » qui est l’essence de toute création artistique. […] Yolande Mukugasana […] parle. Simplement. Directement. Avec une émotion contenue et véritable. Des mots qui disent l’horreur en direct. Un échange sans fard avec la salle. Poignant, au degré le plus profond et non en cette surface que savent si bien utiliser les médias « qui pourrissent l’esprit » quand ils dramatisent à leur façon les événements du monde. […] Le résultat est intense, juste, terriblement humain, enrichissant. Il embellit le théâtre, ceux qui le pratiquent et ceux qui y assistent. Il en devient révélateur impitoyable. L’authenticité remplace la recherche d’effets. Tout est conçu pour former une cohérence convaincante. […] La réussite est complète. Tout est clair. La vérité trop longtemps cachée de l’horreur et des responsabilités sort de cette réalisation parce qu’il s’agit d’un théâtre alerte, mobilisateur, conscientisateur. A voir en priorité.
 
Sophie Creuz In The Bulletin, 13/04/2000 
Rwanda 94
La pièce […] est dérangeante dans son refus d’oublier et courageuse dans son accusation ouverte de ceux qui ne sont pas intervenus. […] Rwanda 94 fait néanmoins le procès virulent de l’histoire et condamne l’opportunisme commercial. Elle s’attache à nous empêcher d’enterrer le génocide sous des sermons d’excuses. […] c’est un hommage souvent magnifique aux victimes et aux survivants, en particulier les témoignages simples que la distribution mi-belge mi-rwandaise rapporte sans jouer.
Traduction : Danielle De Boeck
 
Sophie Creuz In L’Echo, 06/04/2000 
Rwanda 94 nous confronte au direct, refuse le différé, les semi-vérités, les amalgames, la désinformation. Puisque les médias n’ont fait qu’imparfaitement leur travail, le théâtre qui a charge d’âmes et de corps, prend le relais. Délicate entreprise que celle-là qui se veut citoyenne mais artistique, politique mais théâtrale, fictionnelle mais réaliste, visuelle sans être voyeuse.
 
Christine Servais in Le Quinzième jour du mois, 5 avril/16 mai 2000 
Car il s’agit avant tout d’un spectacle, et la beauté du décor, la très grande sensibilité de la musique originale de Garrett List, la multiplicité des voix, dites ou chantées, la force émotive de certaines scènes (une vierge noire portant le corps de son fils) et le comique tragique de certaines autres unissent en nous l’intelligence et l’émotion, le voir et le savoir. C’est un spectacle d’une grande beauté, d’une intelligence remarquable, et qui rend au théâtre son véritable rôle de médiateur : il vous assaille, il vous éblouit, il fait de vous son interlocuteur et vous place : humain parmi les humains.
 
Alain Delaunois In Le Soir, 05/04/2000 
Musique. Le compositeur américain en immersion dans « Rwanda 94 »
Sous sa baguette, une poignée de musiciens soulignent avec pudeur toute l’intensité du drame rwandais. Superbe morceau d’anthologie, une cantate, qui au bout de quatre heures de spectacle, investit la mémoire, mélopée sourde et fragile de la parole des morts s’insinuant dans les oreilles des vivants.
 
Peter Schmidt In Die Tageszeitung, 05/04/2000 
Rwanda 94, la mission des morts
Mais au cours de cette soirée, les paroles des voix de la mort vécue renaissent dans leur puissance originelle. Sont dits, balbutiés, tus. Des paroles de témoignages gagnent à la présence de ces voix la force du monstrueux, qui fait parler à l’homme de l’au-delà le langage de son être. Et cela même est la raison qui justifie que le théâtre livre au public ce témoignage contre lequel s’insurge la piété, pour donner la parole au silence enfoui sous les mots. […] Mais ce sont des pièces comme Rwanda 1994 qui glissent nos mains sous les projecteurs. Dans une lumière qui nous aveugle jusqu’au tréfonds.
Traduction : Danielle De Boeck
 
Jan Vogel In Le Journal du Mardi, 04/04/2000 
La Cantate de Bisesero […] est un chef d’œuvre inoubliable.
 
Bernard Roisin, in Le Journal du Médecin, 31/03/2000 
Cet événement théâtral, magistral dans sa conception, implacable dans son approche est tout, sauf un spectacle de désolation… […] D’une cohérence remarquable, Rwanda 94 est une épreuve physique et mentale. Une épreuve longue, très longue, pénible, très pénible, mais nécessaire… Et qu’est ce qu’une épreuve de cinq heures face à un tel supplice ?
 
Valérie Denis In Le Généraliste, 29/03/2000 
Entre témoignage, fiction et concert, un réquisitoire au long cours qui ne se défile à aucun moment.[…] Rwanda 94, qui mêle généreusement les genres et les niveaux de discours […] séduit par sa surprenante lucidité, son engagement sans réticence et son attrayante musicalité. Nécessaire tribune de réparation, le spectacle vise à éclairer nos lanternes pour que jamais l’oubli n’ensevelisse le poids de la connaissance. A travers le tissu de mots qui suscitent immanquablement l’attention, il nous fait réfléchir sur nos lâchetés, petites et grandes, qui peuvent, dans certains cas, mener à l’éclatement de la barbarie. Un devoir de mémoire à remplir sans faute.
 
Nancy Delhalle In Le Matin, 28/03/2000 
Rwanda 94 fait violence. En nous forçant à voir et à entendre, le Groupov nous engage
Si tenter de comprendre un peu le monde, c’est contribuer à le transformer, Rwanda 94 du Groupov a donné des instruments que chacun utilisera selon son libre arbitre. […] La pièce ouvre un grand nombre de brèches dans le cliché d’un mal incompréhensible, fatal. Pourtant, le théâtre ici n’est pas un outil. Rwanda 94 multiplie les formes qui conduiront à cerner plusieurs sens de ce million de morts. Mais – et c’est là une des grandes forces du spectacle – par un jeu de croisements, il charrie aussi une mise en question des relations Nord-Sud, une relecture de l’œuvre coloniale, une réflexion sur les conditionnements, une déconstruction de discours politiques. […] Entre réel et fiction, le Groupov a créé un mouvement subtil de balancier, un jeu complexe de renvois qui emprunte les formes les plus diverses.
 
In Zaterdag Tijd, 25/03/2000 
Le collectif théâtral Groupov a présenté dans Rwanda 94 une distribution inouïe d’auteurs, chanteurs, musiciens et techniciens. […] Toute louange donc à l’initiative obstinée de Delcuvellerie pour donner forme à ce drame après de longues recherches.
 
Micheline B. Servin In Les Temps Modernes, mars – avril – mai 2000 
Théâtre et histoire : une rencontre délicate
La version aboutie de Rwanda 94 est un acte théâtral d’une hauteur de tenue et de propos rares, dans laquelle les artistes ont une importante responsabilité. […] Rwanda 94 rappelle la nécessité vitale de savoir […], savoir pour que justice soir rendue aux victimes et aux rescapés […]
 
In Park Mail, 24/03/2000 
Rwanda 94. Conter l’oubli
C’est un projet énorme, porté depuis cinq ans par les membres du Groupov, qui arrive enfin sur nos scènes en ce printemps. […] Un projet unique et ambitieux […].
 
Bernadette Abraté In BFM « Billet », 24/03/2000 
Rwanda 1994
[…] on est littéralement emporté par ce qui se déroule sous nos yeux. […] de ce spectacle Rwanda 1994, à travers les mots, les images et la superbe scénographie de Johan Daenen, on ne sort pas indemne, et c’est bien la moindre des choses. « La vérité a besoin du désir de la vérité ».
 
Sonia Jérôme In La Libre Belgique, 22/03/2000 
Rwanda, démonstration d’un génocide planifié
Il y a eu un génocide au Rwanda, six heures sincères et rigoureuses pour vous le vriller au cœur. Ça vous prend par les yeux, ça vous envahi les oreilles, ça vous noue la gorge, vous coupe le souffle, vous tord l’estomac. Pour vous laisser retourné, vidé au bout de six heures. On ne sort pas indemne du « Rwanda 1994 » du Groupov […] six heures denses, qui dépassent l’expérience théâtrale traditionnelle, comme ce thème du génocide rwandais assomme tout autre sujet […] Ils ont entrepris un travail d’abord d’enquête documentaire, ensuite de création théâtrale minutieux, sincère, rigoureux. […] Tous les moyens sont bons. Tous les registres font mouche, même les plus improbables […] Mais par delà la mission de Vérité du Groupov sur le génocide rwandais, émergent de ces six heures de spectacle d’autres vérités : ce n’est pas l’homme qui tue, c’est la déshumanisation de l’homme, bourreau comme victime ; et, surtout, la souffrance de l’autre n’est jamais la sienne. On compatit, on comprend intellectuellement, mais on ne partage pas, parce que l’on ne ressent pas. Et cette frontière entre chaque humain est peut-être l’origine même de cette violence que l’on s’autorise à faire subir à l’autre. On ne peut dès lors que rejoindre Bee Bee Bee : « Si la souffrance est un ébranlement si intime qu’il ne peut-être partagé, qu’au moins les causes de cet ébranlement soient montrées… »
 
Jean-Marie Wynants In Le Soir, 22/03/2000 
Car on est littéralement captivé par ce qui se déroule sous nos yeux. Parce qu’on en sort secoué, informé, transformé. Parce que loin de se contenter du fond, le Groupov a travaillé la forme comme jamais, faisant appel à toutes les ressources de l’art du spectacle. […] La vérité a besoin du désir de vérité, clame un des protagonistes. Ce désir, Rwanda 94 parvient magnifiquement à le transmettre à travers les mots, les images, la musique, la scénographie superbe de Johan Daenen, réussissant là une œuvre salutaire qui va bien au-delà de la seule question du Rwanda.
 
M.F.G. In Vers l’Avenir (éd. Huy-Waremme), 21/03/2000 
Avec Rwanda 1994 le monde culturel s’engage et dénonce
Un théâtre politiquement engagé donc mais dans le meilleur sens du terme.
 
Nancy Delhalle In Le Matin, 20/03/2000 
Retrouver le(s) sens du passé. La Belgique, la France, la Suisse contre un génocide. Tout contre ?
Outre la multiplicité des codes théâtraux utilisés dans le spectacle, le Groupov s’est associé à des artistes rwandais. Ceux-ci apportent un surcroît de légitimité au dévoilement du sens porté par la pièce. […] Si démonter les mécanismes d’un génocide, c’est lui donner du sens, c’est construire une mémoire de tous ces morts pour qu’ils ne sombrent pas dans l’oubli, Rwanda 94 force donc aussi des ouvertures.
 
RTBF – Le Une In Courant d’Art, 18/03/2000 
Ce spectacle allie la fiction, le théâtre et le témoignage de rescapés des massacres du Rwanda. Sans prendre de parti pris, le spectacle confronte les questions et les vérités partielles et oppose les différents points de vue sur ces événements.
 
Jean-Marie Wynants In Le Soir (MAD), 15/03/2000 
Chroniques d’un massacre annoncé
Mais si le sujet est grave, c’est bien de théâtre qu’il s’agit. Un théâtre qui nous entraîne dans un parcours édifiant et bouleversant sur les traces des centaines de milliers de morts du génocide. […] Greta Goiris a créé une incroyable variété de costumes allant du plus réaliste au plus délirant, Johan Daenen a créé une scénographie magnifique, dont la force évocatrice n’a d’égale que la simplicité. […] Aujourd’hui, Belges et Rwandais partagent enfin leurs cultures pour remonter aux racines du mal et tenter de les extirper à tout jamais.
 
In Regards, mars 2000 
Le génocide du Rwanda est un fait singulier, une vérité qui a été et demeure attaquée. La dramaturgie du spectacle tend à restituer au génocide l’évidence scandaleuse de sa simple réalité, à rendre aux victimes, par la place des visages et des témoignages, leur pleine qualité d’êtres humains hautement personnalisés, enfin tenter d’élaborer le tout dans un souci permanent d’une esthétique de clarté, dignité et distance.
 
Nicole Widart In Le Carnet et les Instants, mars 2000 
Rwanda 94, un génocide
S’il est des éléments améliorables […], certaines imperfections […] reflètent cependant le bouillonnement, le foisonnement qui fait vivre ce théâtre, qui le mène à l’essentiel. La conjonction de tant de regards, de tant de chemins qui se croisent, ces flamboiements de cathédrales, cette démesure, c’est tout cela aussi qui rend Rwanda 94 essentiel dans le paysage théâtral.
 
Jean-Christophe Planche In DDO, mars – avril – mai 2000 
Réfléchir ensemble, modestement, animés par le seul souci de comprendre… Partager des émotions, compatir au sens le plus noble du terme… Se conduire profondément en être humain en éprouvant mieux nos capacités d’abjections et de générosité. Il est bien peu d’endroits dans notre société où ces possibilités nous sont offertes, Rwanda 94 en est un.
 
In Handicap International, Janvier – février – mars 2000 
Rwanda 1994
[…] un spectacle hors-norme qui arrache nos œillères par sa force politique et artistique.
 
Monique le Roux In La Quinzaine Littéraire, 01/09/1999 
Avignon 99 : un festival de création ?
Rwanda 1994, malgré ses six heures de représentations au lieu de trois heures et demi initialement prévues, ne constitue qu’une étape dans le travail de la compagnie belge le Groupov. Mais déjà la volonté d’élucidation, la probité de la démarche, la diversité des moyens scéniques sous la direction de Jacques Delcuvellerie permettent de bien augurer du spectacle prévu pour l’an 2000.
 
Propos recueillis par T.L. In Liaison-Rwanda, septembre – octobre 1999
Rwanda 94 : Plus qu’un simple spectacle, un acte de mémoire !
Cette durée étonnante, loin d’apporter une gêne, donne toute sa force à la pièce. L’émotion, parfois insoutenable, prend le spectateur dès le début. […] La dernière partie, très émouvante, est basée sur des témoignages de rescapés de collines de Muyira accompagnés d’une partition impeccable de l’orchestre, une sorte d’évocation épique en hommage aux milliers de femmes, hommes et enfants qui ont résisté plusieurs semaines aux massacreurs dans le Bisesero. […] Rwanda 94 prend le temps de faire parler les victimes et donne à penser et à réfléchir sur cette tragédie. Il fait passer une émotion intense en impliquant le spectateur dans la tragédie à travers les témoignages directs ou par comédiens interposés. Il réussit là où beaucoup de médias ont échoué. Une jeune fille de 17 ans présente au spectacle ce soir là nous confiait, « à l’époque j’avais 13 ans et je ne comprenais rien. Ce soir, j’ai tout compris ! ». C’est un moment rare de recueillement à la mémoire des victimes, un moment d’émotion et de communion, avec l’intensité d’une minute de silence qui dure 5 heures, un hommage à la hauteur du million de victimes, une pierre dans le jardin des bourreaux. A voir et à revoir, malgré l’émotion et la tristesse que ne manque pas de nous amener ce spectacle réaliste et sincère.
 
François Clarinval In DDO, septembre – octobre 1999 
Rwanda, la chevauchée furieuse Esquisse
Cette esquisse, forte et belle, intelligente et poignante, prémisse d’un spectacle qui verra le jour la saison prochaine.
 
Jean-Marie Wynants In Le Soir (MAD), 25/08/1999 
Un million de cris suspendus Après avoir secoué Avignon, le Groupov remet « Rwanda1994 » sur le métier une dernière fois
Hommages amplement mérités pour une entreprise à hauts risques que le Groupov poursuit inlassablement et qui, à chaque étape, parvient à rassembler un peu mieux les éléments de ce gigantesque puzzle : témoignages bruts des rescapés du génocide, forme théâtrale de plus en plus élaborée, compositions musicales pensées comme des éléments de communication fervente et de respects mutuels, scénographie magnifique, aussi dépouillée qu’impressionnante et images d’actualité surgissant soudain dans le théâtre pour nous rappeler l’effroyable réalité des mots que nous entendons. Un spectacle fleuve, salutaire et indispensable pour que le million de cris suspendus des morts du génocide rwandais soient enfin entendus.
 
Micheline Servin In Temps Modernes, août – septembre – octobre 1999 
Un acte théâtral sans égal qui nourrit la réflexion sur la raison du théâtre. […] Rwanda 94, œuvre théâtrale ambitieuse encore en gestation, mais d’ores et déjà une réalisation de haute volée. Sans doute parce qu’ils sont portés par une urgence, un sens du devoir, de la conviction que le théâtre est l’art idoine (n’est ce pas une prise de parole, telle celle des politiques, et quand ces derniers mentent, il est un devoir de le dénoncer et de le prouver), à condition qu’une forme lui soit spécifique, inventée, tous les artistes de cette représentation qui s’apparente à une tragédie grecque […] servent l’humanité en faisant œuvre contre le détournement de vérité, l’ignorance et l’oubli, en dénonçant l’atteinte aux droits des humains. […] On attend la version aboutie avec impatience.
 
Annette Embrechts In De Volksrant, 30/07/1999 
De vraies images de vrais morts
Jean Bosco […] Ne m’appelez pas Hutu ou Tutsi. Je suis Rwandais. Ce spectacle serait un grand succès au Rwanda. Nous ne nourrissons pas de sentiment de vengeance.
Traduction : Danielle De Boeck
 
Jean-Pierre Han In Témoignage Chrétien, 29/07/1999 
Festival d’Avignon. Une 53ème édition en demi-teintes
[…] Quelques perles toutefois dans cette 53ème édition telles ce Rwanda 1994 par la compagnie belge du Groupov […] L’ambition du Groupov, […], est haute et digne. En l’état actuel des choses, ce Rwanda 1994, […] est un réquisitoire impitoyable contre ceux qui laissèrent se perpétrer le génocide. En ce sens il s’avère non seulement fort et beau, mais aussi nécessaire.
 
Ann Demeester In Knak, 28/07/1999 
Le cœur sur la langue
Un spectacle marquant en ce moment à l’affiche de la 53ème édition du festival d’Avignon […]
Le résultat final et difficilement « catalogable » de cette recherche et de ces tâtonnements en vue d’une forme adaptée est un croisement multimédia remarquable, plein d’atmosphère, entre documentaire et fiction. […] Des bandes son, images d’archives, fragments d’émissions TV et « fantômes » électroniques s’intègrent harmonieusement aux lamentations obsédantes du musicien rwandais Jean-Marie Muyango et aux compositions contemporaines réalisées par le compositeur américain Garrett List pour le Groupov.
Traduction : Danielle De Boeck
 
Johannes Wetzel In Berliner Zeitung, 28/07/1999 
Théâtre politique à Avignon : Requiem pour Srebrenica et Rwanda 1994
A certains moments, ce théâtre n’est plus du théâtre mais un document vivant.
Traduction : Danielle De Boeck
 
N.D. In Le Matin, 26/07/1999 
Rwanda 1994, suite. Le réel au théâtre
Elaboré à partir de la volonté de comprendre qu’il a suscité chez le spectateur, le spectacle se joue constamment des limites entre réel et théâtre. […] Personnage de conférencier ou metteur en scène intervenant dans son spectacle ? Cette ambiguïté (peut-être encore trop peu creusée) s’avère intéressante car elle est inattendue. Elle crée une surprise, un écart qui place le spectateur dans un rapport neuf à la scène. S’adresse-t-on à notre sens esthétique, à notre sensibilité, à notre conscience critique, à notre faculté de comprendre ? A tout cela à la fois et en passant de l’un à l’autre sans les signes codifiés qui nous avertissent et nous invitent à nous placer dans telle ou telle disposition d’esprit.[…]
De telles scènes où s’affirme davantage la théâtralité et où le jeu des comédiens peut plus se déployer […] montrent que poésie et politique ne s’excluent nullement et qu’un théâtre qui se veut politique ne se dispense pas de créer des images. […] C’est ce « trauma du réel » que le metteur en scène tient à préserver dans notre société aseptisée où tout est édulcoré […] On peut se demander s’il appartient au théâtre de mener une telle réflexion voire un tel combat. On peut aussi se demander, a contrario pourquoi il n’appartiendrait pas au théâtre de s’engager ainsi sur les plans politiques, éthiques et esthétiques. Le théâtre inclut-il en soi d’autres limites que celles, physiques, du temps, de l’espace et des acteurs ? Rwanda 1994 déplace, il est vrai, les limites où, peu à peu, notre théâtre s’est laissé enfermer. […] Sans quitter le lieu théâtral, le champ artistique, le Groupov déplace le lieu de la parole théâtrale vers le centre de la société. Ce n’est peut être pas un hasard si ce glissement s’opère dans un contexte de dysfonctionnement des institutions. […] Rwanda 1994 invente donc bien un théâtre politique pour aujourd’hui.
 
Nancy Delhalle In Le Matin, 26/07/1999 
Echos d’Avignon, Rwanda 1994 du Groupov. Ni tribunal, ni chaire de vérité, le spectacle déplace le théâtre vers un ailleurs social
« Nous ne voulons pas la charité, nous voulons la justice ». Cette phrase d’Hannah Arent à propos du génocide des Juifs peut éclairer la perspective du travail du Groupov. Elle prévient, en effet, tout apitoiement sclérosé et sclérosant. Elle refuse la supériorité du charitable pour appeler à l’égalité des points de vue. […] Pour couper court aux malentendus, aux abus médiatiques comme aux réactions de mépris, disons qu’il est possible de créer un théâtre politique pleinement situé dans le champ artistique, qui ne soit pas militant, avec d’autres ambitions qu’un humanisme universel. Dans une filiation de Brecht, le Groupov le prouve.
 
Nedjma Van Egmond In La Provence, 24/07/1999 
Ex-Yougoslavie, Rwanda, Liban : la guerre sur tous les fronts
Avec Rwanda, les Belges du Groupov signent une œuvre coup de poing, fulgurante, pour dire l’indicible.
 
G.C. In Les Echos, 23/07/1999 
Festival d’Avignon Coups de poing Rwanda 94 de Jacques Delcuvellerie
La compagnie du Groupov fait du théâtre politique à partir de véritables chantiers d’investigation et de fabrication. Ce qu’elle livre est passionnant et bouleversant. On n’en contestera que l’organisation globale qui, en superposant divers matériaux, n’a pas encore trouvé son langage théâtral.
 
Jean-Louis Perrier In Le Monde, 23/07/1999 
Le « J’accuse » du Groupov sur le Rwanda. Tribunal, pièces à conviction, récits. Près de six heures pour témoigner sur le génocide de 1994, et désigner, parmi les coupables, les médias.
[…] Mais les près de six heures d’Avignon n’en permettent pas moins de peser la ligne générale d’un spectacle qui « voudrait devenir le lieu symbolique d’une réparation », et ne vaudrait pas seulement pour les victimes rwandaises, mais « pour tous les hommes de la Terre ». De la tribune au tribunal, le Groupov se veut auxiliaire de justice et pour cela accumule les preuves sur le plateau.
 
N.V.E. In La Provence, 23/07/1999 
« Rwanda 1994 » : le devoir de vérité entre émotion et pédagogie
« Que peut un spectacle de plus qu’un spectacle ? » s’interroge Jacques Delcuvellerie. Le sien « Rwanda 1994 » est en tout cas très ambitieux. […] Un ouvrage à défricher, dense et riche, capable de susciter, chez le spectateur, des sentiments contradictoires d’une minute à l’autre. Volontairement. […] La partition (la musique est un personnage à part dans l’œuvre) secoue souvent, touche également […]. En gestation, une œuvre forte, certainement à épurer. Et à suivre.
 
Chantal Malaure In Vaucluse Matin Dauphiné, 21/07/1999 
« Rwanda 1994 », lieu de réparation symbolique
Le spectacle du Groupov, collectif d’artistes conduit par Jacques Delcuvellerie, est annoncé comme l’événement choc de ce 53ème festival. […] l’artiste avoue : « la recherche de vérité est peut-être vaine, mais le spectacle peut devenir un lieu de réparation symbolique »
 
M.T. In Sortir (supplément de la Provence), 21/07/1999 
Quand la guerre entre en scène
[…] Jacques Delcuvellerie met en scène cette somme de documents qui, entre réalité et imaginaire, à partir d’un fait historique avéré, fait réfléchir sur les génocides de tous les temps.
 
Ph.T. In La Libre Belgique, 19/07/1999 
Thématique : l’effet « Rwanda »
Un des événements attendus du « in » cette année est sans conteste le « Rwanda 1994 » du belge Groupov.
 
Geert Sels In Zaterdag Tijd, 17/07/1999 
Salzbourg-Avignon : deux fois la guerre
Le collectif théâtral Groupov rassemble pour Rwanda une distribution inouïe d’auteurs, acteurs, musiciens, chanteurs et techniciens pour donner forme au drame rwandais après de longues recherches. […] Le directeur artistique et metteur en scène Jacques Delcuvellerie qualifie l’entreprise de quête de la vérité : Une telle concentration de la violence mène inéluctablement à la question du sens de la souffrance. […] nous partons du principe qu’il ne suffit pas de déplorer cette souffrance et cette violence ni de simplement la constater. Si le théâtre se nourrit de choses telles que la guerre et le génocide, il est obligé d’aller au cœur du problème. Jean-Luc Godard dit – et il cite Brecht – que nous ne pouvons pas nous contenter de montrer des choses vraies mais que nous devons toujours chercher la part de vérité des choses. Cette quête a pris chez le Groupov la forme d’un tribunal du Rwanda. Rien ne sort de rien, et certainement pas un génocide qui a fait tant de victimes en si peu de temps, qui n’a épargné ni les enfants, ni les vieillards et qui s’est tourné contre sa propre nation. […] Rwanda semble très prometteur. […] C’est en tout cas un projet peu commun, multimédia qui ne s’adapte pas immédiatement au cadre d’Avignon.
Traduction : Danielle De Boeck
 
Didier Pavy In Le Nouvel Observateur, 15/07/1999 
Cinq ans après le génocide rwandais La pièce qui accuse
Didier Pavy a vu, à Liège, cette pièce de théâtre documentaire. Elle va bouleverser Avignon […]. Cette préparation exceptionnelle a donné naissance à un événement dramatique de trois heures et demie qui associe des auteurs, des comédiens rwandais et belges et qui, pour rendre compte de cet immense drame humain, emprunte des formes composites de récit et de représentation […] Mais l’objectif du Groupov n’est pas seulement d’être dans l’hommage, le devoir de mémoire, et de donner la parole aux victimes. « Il n’est pas non plus, précise Delcuvellerie, de montrer des choses vraies, mais d’approcher comment sont vraiment les choses. C’est difficile, c’est périlleux. […] »
 
A. Df. In Le samedi culturel, 10/07/1999 
Quand le théâtre donne la parole aux morts du Rwanda
Rwanda 94, spectacle qui relève du théâtre documentaire, est un voyage au cœur de la folie des hommes en quatre étapes. […] Mais que peut le théâtre que ne peuvent d’autres médias ? « Nous bénéficions d’une durée que n’a pas la télévision, commente Jean-Marie Piemme. Cette durée, c’est d’abord celle de la réflexion, et de la genèse ; Et c’est aussi celle d’un spectacle qui confronte le public à différents types de discours, entre fiction, récit à voix nue et images documentaires. Chacun d’entre eux est ainsi éprouvé, dans sa capacité à rendre compte de la barbarie. »
 
Pierre Notte In L’Evénement, 8-14 juillet 1999 
Depuis dix ans, la cour du palais de Papes était devenue le mouroir aux illusions. Mais cette année, la tyrannie des metteurs en scène agonise, et l’ennui semble à jamais banni des planches. Enquête.
[…] Les uns érigent un théâtre de montages documentés, quasi journalistiques. D’autres s’en tiennent au spectacle exclusivement visuel. Requiem pour Srebrenica d’Olivier Py ou Rwanda 94 de Jacques Delcuvellerie, collages d’informations, de télétémoignages et de documents authentiques illustrent cette nouvelle forme d’écriture qui se passe aussi bien de commentaires que de dramaturgie. […]
 
In Regards sur la création, juillet – août 1999 
Drames anciens et modernes en Avignon
Comment donc donner une forme artistique juste au propos, tout en en éclairant causes et responsabilités, et sans faire de « spectacle-documentaire » mais un « théâtre à penser » : « Un des aspects de notre travail a été de donner à entendre que cette « sauvagerie » ne nous est pas étrangère. Non seulement nous, Européens, avons créé les conditions de cette horreur mais, en nous et ici même, en Europe, existent toujours les potentialités de massacres impitoyables. »
 
Afrique Magazine, juillet – août 1999 
La mémoire du Rwanda
Plus qu’une simple représentation théâtrale, c’est une « œuvre à penser ».
 
Nancy Delhalle In Le Matin, 24/06/1999 
53ème édition du festival d’Avignon du 9 au 31 juillet Du Sud des Amériques à l’Est de l’Europe. Avec “ Rwanda 94 ”, les Liégeois du Groupov abordent la mémoire du génocide…
S’élaborant comme un « work in progress », le spectacle entreprend une critique subversive des appareils et des politiques qui ont enclenché et entretenu les mécanismes du génocide des Tutsis du Rwanda et du massacre des opposants. […] un vaste projet de spectacle pour dire « comment furent vraiment les choses », témoigner de l’horreur, dénoncer les responsabilités, mais aussi attester de la réalité de ces morts qu’on a tenté de nier, de gommer. Un théâtre pour empêcher l’extermination. Du moins dans les mémoires. La phase d’information et de documentation fonde l’authenticité de la démarche du Groupov. […] Mais dire le réel au théâtre, travailler sur les notions de vérité et de politique, soulève de nombreuses questions d’ordre moral, éthique et esthétique.
 
Sabrina Weldman In Art & Culture, juin 1999 
Théâtre Avignon 99 : Best Off
[…] Un projet puissant et périlleux, comme l’est celui de Jacques Delcuvellerie et du Groupov à propos du Rwanda […] qui pose la difficile question de savoir comment représenter l’histoire récente au théâtre, ce lieu où la présence et l’absence, les vivants et les morts, ont une force bien plus grande qu’à la télévision. […] Le parti-pris de Jacques Delcuvellerie est différent : son intention est de dépasser un théâtre du constat et de retrouver les conditions d’un spectacle engagé. Avec « Rwanda, 1994 », il prolonge le « projet Vérité » puisqu’il pose à nouveau la question de la souffrance humaine et de son sens.
 
In Scènes, juin 1999 
En question : Quand le théâtre se confronte aux réalités du monde Débat Y-a-t-il un retour du réel au théâtre ?
[…] Jacques Delcuvellerie : Si on ne dérange pas, si on n’amène pas des questions, si les gens sortent réconfortés par rapport à leur petite vision du monde bourgeoise, c’est que nous n’avons pas fait notre travail comme il fallait, que nous avons manqué d’exigence, au niveau du propos et des formes. La question du destinataire est cependant importante. Même si ce n’est pas la première tâche des artistes, ils pourraient s’en soucier plus activement. Par ailleurs, les théâtres ne font pratiquement plus rien pour sortir de la détermination sociale du public.
 
Philippe Ledent In Le Matin, 01/02/1999 
Théâtre documentaire sur planches : Le spectacle Rwanda 94 du Groupov témoigne d’un atroce génocide.
Pourquoi décrire tant d’horreurs ? Est-ce vraiment du théâtre ? Peut-être pas ! Non, c’est du documentaire. Un témoignage d’une survivante pour que le génocide ne soit plus cette chose abstraite, si lointaine, hors de notre champ de conscience. […] ce à quoi le public liégeois assiste en exclusivité, c’est l’esquisse d’une pièce de théâtre qui, assurément, marquera l’événement au printemps 2000. […] Des questions cruciales seront abordées. De front. Sans peur. Sans volonté de muer le théâtre en tribunal. Certes la mise en scène apparaît loin de son aboutissement, mais la « rétro-fiction » proposée par le Groupov promet déjà d’hystériques jouissances. […] La troisième partie du spectacle lancera un vaste débat, dans la tradition d’un des rôles essentiels du théâtre : s’interroger sur le monde dans lequel nous vivons. […] L’expression « plus jamais ça » relève souvent de la bonne conscience, symbole de têtes bien creuses. Combien de fois la bêtise des hommes forcera-t-elle encore à répéter ces mots… pour un si piètre résultat ? Le théâtre s’est indigné. Pour conclure, il a laissé la parole à la musique, une cantate délicieusement interprétée par Jean-Marie Muyango, sous la direction de Garrett List. La musique seul langage universel. Qui, dit-on, adoucit les mœurs.
 
Philip Tirard In La Libre Belgique, 30 & 31 janvier 1999 
« Rwanda », le work in progress du Groupov
L’émotion est pourtant très forte au début, lorsqu’après une courte introduction musicale composée par le jazzman américain et liégeois d’adoption Garrett List, Yolande Mukagasana, rescapée du génocide et auteur du livre « La mort ne veut pas de moi » témoigne seule en scène, racontant le jour où son univers bascula et les semaines d’horreur qui s’ensuivirent. Irruption du réel sur le plateau où se déploie habituellement la fiction, son courage est admirable.
 
R.K. In La gazette de Liège, 30 & 31 janvier 1999 
La conscience rwandaise
[…] Miroir critique de nous-mêmes, ce travail original prend en grippe nos valeurs émanant de l’interprétation prétentieuse transmise par les médias. « Les peuples assis de l’Occident stupide » (Lamartine) sont portés à l’échafaud. Et, cette analyse pas banale sera leur mauvaise conscience.
 
Nancy Delhalle In Le Matin, 28/01/1999 
Le projet du Groupov au Théâtre de la Place. Un million de personn(ag)es. Un million de morts, le Groupov sort les victimes du génocide de l’oubli
[…] Dès 1994, les télévisions ont commencé à parler de massacres au Rwanda, diffusant des clichés propres à exciter la pitié, la compassion – attributs de la bonne conscience – mais pas la réflexion : le destin de l’Afrique, sa fatalité, c’était la barbarie ! Or le Groupov cherchait depuis un temps déjà, à réintégrer le Sud dans le champ de notre réflexion […] C’est donc l’indignation face à la « lecture » médiatique du génocide, mais aussi face à l’indifférence, voire la complicité de l’Occident qui a motivé le « projet Rwanda » […] Pointer les responsabilités, démonter les processus, susciter l’esprit critique : il s’agit pour le Groupov de dépasser le théâtre du constat, de la déploration, de l’acceptation fataliste du mal qui serait consubstantielle à l’homme. Il faut retrouver les conditions d’un théâtre engagé : forcer l’interrogation du public à travers un choc sensible produit par une forme artistique. Depuis quatre ans, sous la direction de Jacques Delcuvellerie, le collectif élabore un objet dramatique et poétique qui ne trahira ni la complexité ni l’horreur du génocide rwandais et qui tentera de sortir les morts de l’anonymat, de l’oubli. […] La recherche d’une forme pour représenter ce que l’on tendrait à croire irreprésentable constitue sans doute l’enjeu fondamental du spectacle et suscite de nombreuses questions qu’il appartient au Groupov de résoudre dans la subtilité. Comment livrer des images – dures mais jugées nécessaires à la conscience – de ce génocide sans que le spectateur ne se ferme ? Comment dépasser la force brute des images et interroger au théâtre, le processus qui amène les hommes à ne plus considérer leurs semblables comme des êtres humains ? Comment gérer la dimension musicale et chorale pour que le spectateur ne se limite pas à trouver la pièce belle et émouvante ? Comment évoquer la culpabilité de l’Eglise, la responsabilité des Belges, des Français sans se muer en tribunal ? Comment éviter de se servir de l’horreur ? Comment lui donner un sens au théâtre ? Comment arriver à dire sans être censuré ?
 
Demetrio Scagliola In Le Matin, 28/01/1999 
Delcuvellerie, maestro d’opéra
[…] le Théâtre de la Place a décidé de miser sur le projet Rwanda, aventure enthousiasmante, ambitieuse mais risquée à plus d’un titre. […] Ce que nous verrons ce soir, précise Jean-Louis Colinet, c’est du jeu d’acteur, de la musique, des films et des lectures, le tout commenté par le metteur en scène. C’est un spectacle ambitieux, parce que l’on pose un regard sur de graves problèmes de notre temps. Cette aventure me fait penser à un opéra : chaque composante a un rôle énorme, mais sait se fondre dans l’ensemble au profit de la cohérence. Cette multiplicité de créateurs constitue la fragilité du projet, mais aussi sa force. A condition que Jacques en soit le ciment fédérateur.
 
Laurent Ancion In Le Soir, 27/01/1999 
Donner à voir les causes d’une tragédie
[…] Face à la tragédie rwandaise, la pensée brechtienne fut l’outil du Groupov. Brecht indique que la souffrance humaine n’a pas de causes extérieures à l’homme : nous devons comprendre pourquoi nous souffrons, pour ensuite agir à la transformation du monde. Le génocide rwandais nous est apparu comme un événement emblématique de cette question. Mensonges, camouflages politiques et troubles médiatiques allaient guider le Groupov vers la quête des causes véritables. […] Pour nous, intellectuels, artistes, gens de théâtre, il fallait se rappeler à notre honte. Ce sentiment sera un des axes du spectacle « Rwanda 1994 ». Mais il s’agira aussi d’informer les spectateurs – l’information étant une des faces sombres de l’histoire de la tragédie. […] Jean-Marie Piemme, Marie-France Collard et Jacques Delcuvellerie ont livré des textes qui visitent toutes les formes de la dramaturgie : témoignage, vidéo, dialogues, chœur antique… La musique jouée sur scène par cinq musiciens donnera à l’ensemble la distance de la réflexion. […]. La quête de la vérité ne s’arrêtera pas à la rampe.
 
Nathalie Pierard In Spectacles, 20/01/1999 
Du 28 au 30 janvier à 20h15 au Théâtre de la Place à Liège… « Rwanda, La Chevauchée Furieuse », un état de travail en son et en images !
Dorénavant, ce génocide, on ne peut l’ignorer. C’est ainsi que Jacques Delcuvellerie et le Groupov, un groupe de travail qui s'attelle autour de la « question de la vérité », ont décidé d’y consacrer un spectacle d’une ampleur exceptionnelle mêlant des écrivains, des acteurs et les musiciens, qui interprètent, sous la direction musicale de Garrett List, des textes de Marie-France Collard, Jacques Delcuvellerie, Jean-Marie Piemme et Mathias Simons. En préparation depuis près de deux ans, ce spectacle qui tiendrait de la tragédie antique, est un état de travail en son et en images qui rappelle que le théâtre est une aventure au long cours et qu’il a plus que jamais un rôle civique à tenir contre la honte et l’inacceptable. Les auteurs de ce spectacle ont accumulé les voyages sur les lieux du génocide, ont enregistré les témoignages de rescapés, ont multiplié les lectures et analysé les médias, dans le but d’associer le public à leurs réflexions.
 
Sabrina Weldman In Art & Culture, janvier 1999 
L’insolence selon Delcuvellerie Beaumarchais, Jarry et le Rwanda
« Rwanda. La chevauchée furieuse ». Une épopée contemporaine. La transposition dramatique de l’histoire à vif, le récit d’un génocide dont les morts commencent à peine à pourrir. […] inévitablement, sa nouvelle réalisation divisera. Comment imaginer le contraire quand on s’attelle à un sujet actuel, lourd d’enjeux et de responsabilités politiques qui concernent directement notre pays, la Belgique, et notre voisin la France ? Comment ne pas diviser aussi lorsqu’on va jusqu’au bout d’une intention ? Ceux qui suivent le travail de Jacques Delcuvellerie – dont on avait beaucoup apprécié le triptyque « Vérité » – savent qu’il a horreur de la tiédeur et du compromis. La demi-mesure, il ne connaît pas ! En explorateur de territoires minés, le fondateur du Groupov va aux confins des chemins qu’il défriche, au bout des prises de position existentielles et politiques qu’il met en jeu comme autant d’interpellations à notre société. Son théâtre ne se contente jamais de ce qui est : il y a trop de révolte, trop de conscience de la mort, trop de soif d’absolu chez Delcuvellerie pour accepter la réalité. La vraie vie commence au-delà des limites consensuelles, au-delà du règne de la consommation, de l’objet et du déchet. Là où la peau, plutôt que l’habit, suscite le regard, là où la nudité flirte avec la fragilité et la sexualité, là où l’innocence peut se retourner en perversion et où la mort de toute façon inscrit chaque jour son œuvre. Là aussi, où la rationalité bascule, où l’identité se perd dans l’adhésion totale à une idéologie, une religion ou encore dans la plongée sans frein dans la jouissance sexuelle. Qu’il joue de la distance ou de l’empathie avec son sujet, de l’ironie ou de la liturgie, Jacques Delcuvellerie dérange parce qu’il touche des zones taboues, au-delà du bien et du mal. Des zones où tout est permis tant qu’on a de comptes à rendre qu’à soi et à ses partenaires.
Mais si cette autorisation privée s’étend au domaine public et devient un abus politique, si l’esthétique est balayée et que les tenants du pouvoir dérogent à leur responsabilité humaine, le directeur du Groupov se rebiffe. Quand il voit chaque soir sur l’écran de la télévision des milliers de Rwandais exterminés, il se demande de quelle manière ces cadavres nous concernent. Qui étaient ces gens ? Pourquoi ont-ils été tués ? Et il décide de soulever ces questions dans « Rwanda », un titanesque projet qui rassemblera une trentaine d’acteurs et de chanteurs européens et rwandais, ainsi qu’une importante équipe artistique d’auteurs, de compositeurs, de réalisateurs […]. Jacques Delcuvellerie n’a pas engagé le projet Rwanda à la légère. La plupart des membres de l’équipe se sont rendus sur place au moins une fois et ont rencontré des témoins. A partir de là, ils n’entendaient pas écrire l’histoire à la place des Africains mais parler de l’histoire de l’Europe au Rwanda. Comme le ferait un chroniqueur qui rapporterait les faits, mais aurait évidemment sa propre subjectivité. Le point de vue du Groupov n’évincera donc pas la contradiction. C’est une des raisons pour lesquelles cette création touffue jouera de plusieurs registres : de la fausse émission de télévision au vrai document filmé, du témoignage-vérité à une cantate épique […]. On le sait, la télévision banalise la réalité à force de tout mettre sur le même plan. Le théâtre, à contrario, en restitue le relief et l’impact. En cela il peut aussi apparaître dangereux. […] Avec « Rwanda », Delcuvellerie et son équipe collent à l’actualité. Beaucoup de personnes aimeraient que leur rôle reste ignoré… « L’homme se tait, son silence s’ajoute à d’autres silences. Il savait. Tout le monde savait. Il médite sur ces silences, celui de la complicité, celui de la honte, le silence de la stupeur, ou de l’aveuglement, du racisme, le silence des victimes, celui des bourreaux, la peur de dire, celle de savoir, nos résistances ». Primo Levi dans « Si c’est un homme »